09/29/2026, 19.33
par Danielecovers artificial intelligence and infrastructure
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Cersaie : production en hausse de 5,7% mais CA en baisse à 6 milliards d'euros

L'industrie céramique européenne fait face à un défi majeur : une hausse des volumes de production mais une chute des marges due au coût exorbitant de l'énergie.
Cersaie : production en hausse de 5,7% mais CA en baisse à 6 milliards d'euros
En bref
  • Le salon Cersaie 2026 confirme la vitalité commerciale du secteur avec 95 000 visiteurs.
  • L'industrie italienne produit plus (390,9 millions de m² de carreaux) mais voit son chiffre d'affaires stagner.
  • Le coût de l'énergie en Europe est trois fois supérieur à celui du reste du monde.
  • La concurrence low-cost chinoise et indienne accentue la pression sur les marges européennes.

Le rideau est tombé sur la 43e édition du Cersaie à Bologne, laissant derrière lui un bilan contrasté qui illustre parfaitement les tensions actuelles de l'industrie manufacturière européenne. Avec environ 95 000 visiteurs et 597 expositeurs venus de 24 pays, le salon a maintenu son statut de hub mondial pour la céramique d'architecture et le design de salle de bain. Pourtant, derrière l'effervescence des 145 000 mètres carrés d'exposition, se cache une réalité économique alarmante pour les entrepreneurs du secteur.

Une croissance volumétrique qui masque l'érosion des marges

Les chiffres publiés par Confindustria Ceramica révèlent un phénomène paradoxal. En 2025, les entreprises italiennes spécialisées dans les carreaux et les dalles ont produit 390,9 millions de mètres carrés, soit une progression de 5,7% par rapport à l'année précédente. Les ventes ont suivi une trajectoire similaire avec une hausse de 2,3%, atteignant 386,9 millions de mètres carrés. Cependant, cette dynamique quantitative ne s'est pas traduite en gain financier.

Le chiffre d'affaires global de ce segment a enregistré une légère baisse de 0,4%, s'établissant à 6 milliards d'euros. Ce décalage entre l'augmentation de la production et la stagnation des revenus souligne une perte de rentabilité préoccupante. L'industrie tourne à plein régime, mais la valeur ajoutée est absorbée par l'explosion des coûts de production, rendant la génération de marges extrêmement complexe pour les chefs d'entreprise.

Le poids insupportable du coût énergétique

Le point de friction central, discuté avec virulence lors du congrès Cersaie, reste l'énergie. Augusto Ciarrocchi, président de Confindustria Ceramica, a dressé un constat sévère : l'énergie coûte aux producteurs européens trois fois plus cher qu'au reste du monde. Pour les entreprises italiennes, la situation est encore plus critique, avec des coûts supérieurs de 50% à ceux de leurs concurrents européens.

Cette disparité crée un désavantage compétitif structurel. La céramique est une industrie énergivore par nature, où la cuisson des matériaux nécessite des températures extrêmement élevées. Lorsque le prix du gaz et de l'électricité s'envole, le coût unitaire du produit augmente mécaniquement, alors que le marché mondial, saturé par des offres low-cost, n'accepte pas systématiquement la répercussion de ces hausses sur le prix de vente final.

L'étau des tensions géopolitiques et douanières

Au-delà de la facture énergétique, le secteur doit naviguer dans un environnement géopolitique instable. Les tensions internationales pèsent lourdement sur les marchés stratégiques. L'un des points de tension majeurs concerne les États-Unis, où les droits de douane ont été fixés à 15%, contre 8,6% précédemment. Cette hausse tarifaire fragilise l'accès à un marché clé pour le haut de gamme européen.

Parallèlement, la concurrence s'intensifie. Si la Chine a longtemps été le principal adversaire sur les segments d'entrée de gamme, l'Inde émerge désormais comme un acteur agressif. Ces producteurs bénéficient non seulement de coûts énergétiques inférieurs, mais aussi de normes environnementales moins contraignantes, permettant une stratégie de prix offensive qui met en péril les parts de marché européennes.

Une filière résiliente mais sous pression

Malgré ces vents contraires, la filière fait preuve d'une capacité de résistance notable. Le chiffre d'affaires global de l'industrie céramique italienne s'est stabilisé autour de 7,5 milliards d'euros en 2025, employant plus de 25 500 salariés directs. Le solde commercial reste largement actif, avec un surplus de 5 milliards d'euros enregistré en 2024, prouvant que la demande pour la qualité et le design européen demeure forte.

L'énergie coûte aux producteurs européens trois fois plus cher qu'au reste du monde et les entreprises italiennes paient 50% de plus que leurs concurrents européens.

Cependant, cette résilience a des limites. Le risque est que le manque de marginalité freine les investissements nécessaires à la modernisation des outils de production et à la transition écologique, créant ainsi un cercle vicieux où l'entreprise, incapable d'investir, perd encore plus de compétitivité.

Le bras de fer avec Bruxelles sur la transition

L'ouverture de la 43e édition du salon a été marquée par un débat politique intense sur le système ETS (Emission Trading System) de l'Union européenne. Les représentants industriels et certains ministres italiens, dont Adolfo Urso, ont critiqué la rigidité des normes environnementales imposées par Bruxelles. Le reproche principal réside dans l'absence de neutralité technologique et le manque de pragmatisme face à la réalité des coûts industriels.

L'industrie demande une protection plus efficace du Made in Italy et, plus largement, de la production européenne contre le cappio des coûts énergétiques. L'enjeu est de réussir la transition vers une économie bas-carbone sans sacrifier la viabilité économique des usines, sous peine de voir s'installer une désindustrialisation massive au profit de régions moins régulées.

Implications pour le tissu industriel français

Bien que les données soient centrées sur le pôle italien, les conclusions du Cersaie résonnent fortement pour les entrepreneurs français. La France, avec son propre tissu de PME industrielles et ses ambitions portées par le plan France 2030, fait face aux mêmes défis de souveraineté productive. La crise de la céramique est un signal d'alarme pour toutes les industries énergivores hexagonales.

L'application de l'AI Act et la numérisation des processus de production, encouragées par l'État, peuvent offrir des pistes pour optimiser la consommation énergétique via l'IA prédictive. Toutefois, la technologie ne peut compenser seule un écart de prix de l'énergie aussi abyssal. Pour les entreprises françaises, l'enjeu sera d'intégrer les aides à la décarbonation tout en maintenant une agilité commerciale face aux importations asiatiques. La leçon de Bologne est claire : la croissance des volumes est un mirage si elle ne s'accompagne pas d'une maîtrise des coûts structurels et d'un soutien politique coordonné au niveau européen pour protéger les marges industrielles.

Questions fréquentes

Quel est le paradoxe actuel de l'industrie céramique italienne ?

Le secteur voit ses volumes de production et ses ventes augmenter, mais son chiffre d'affaires stagne ou baisse légèrement, entraînant une réduction des marges bénéficiaires.

Pourquoi le coût de l'énergie est-il si problématique ?

L'énergie coûte trois fois plus cher aux producteurs européens qu'au reste du monde, et les entreprises italiennes paient 50% de plus que leurs voisins européens, ce qui détruit leur compétitivité.

Quels sont les principaux concurrents internationaux mentionnés ?

La Chine et l'Inde sont citées comme les principaux producteurs low-cost exerçant une pression agressive sur le marché.

Quelle est la position des industriels face aux normes européennes ?

Ils critiquent le système ETS et demandent plus de pragmatisme et de neutralité technologique pour éviter que la transition écologique ne devienne un frein économique.


Sources: Design, Ilsole24ore, Lapressa ·

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