09/18/2026, 18.03
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Sécurité IA : comment des cookies volés ont contourné Claude

Des malwares ont permis de contourner la 2FA de Claude (Anthropic) via le vol de cookies de session, exposant potentiellement des données Gmail d'entreprise.
Sécurité IA : comment des cookies volés ont contourné Claude
En bref
  • Des malwares de type infostealer ont volé des cookies de session Claude pour accéder à des comptes payants.
  • L'attaque contourne totalement l'authentification à deux facteurs (2FA) et le SSO.
  • Le risque s'étend aux accès Google Workspace (Gmail) via les autorisations accordées aux comptes.
  • Les comptes touchés étaient des comptes en libre-service, échappant au contrôle des administrateurs IT.

La sécurité des interfaces d'intelligence artificielle générative franchit un nouveau palier de vulnérabilité. Récemment, une campagne d'attaques a ciblé les utilisateurs de Claude, l'IA développée par Anthropic, en utilisant une technique qui rend les protections classiques, comme l'authentification à deux facteurs (2FA), totalement obsolètes. Ce n'est pas une faille du modèle d'IA lui-même, mais une exploitation des mécanismes de session des navigateurs web.

Le mécanisme du vol de cookies de session

Pour comprendre l'attaque, il faut distinguer l'étape de connexion de l'étape de navigation. Lorsqu'un utilisateur s'authentifie sur Claude, le serveur vérifie son identité et lui délivre un cookie de session. Ce petit fichier sert de preuve : il indique au serveur que l'utilisateur a déjà passé les contrôles de sécurité et qu'il peut naviguer sans avoir à ressaisir son mot de passe à chaque clic.

Des logiciels malveillants, appelés infostealers, ont été déployés pour copier ces cookies directement depuis les navigateurs des victimes. Une fois le cookie récupéré, l'attaquant peut le rejouer sur sa propre machine. Pour le serveur d'Anthropic, l'attaquant devient l'utilisateur légitime. Le point critique réside dans le fait que le pirate n'atteint jamais la page de connexion ; il saute simplement par-dessus le checkpoint de sécurité. Par conséquent, la 2FA, qui ne protège que la porte d'entrée, ne se déclenche jamais.

Les familles de malwares impliquées dans l'offensive

L'attaque ne repose pas sur un outil unique, mais sur un arsenal de malwares généralistes capables d'aspirer les mots de passe et les cookies. Anthropic a identifié six familles de logiciels malveillants responsables de ces intrusions. Sur Windows, les menaces les plus actives étaient Vidar, LummaC2, StealC, RedLine et Acreed. Les utilisateurs de Mac n'ont pas été épargnés, bien que dans une moindre mesure, avec l'intervention d'Atomic Stealer.

L'origine de l'infection est souvent banale. Dans certains cas rapportés, notamment sur Reddit, l'installation d'un jeu piraté a servi de vecteur d'entrée pour le malware. Une fois installé, l'infostealer scanne le système à la recherche de sessions actives pour les transmettre à l'attaquant, transformant un simple téléchargement risqué en une brèche de sécurité majeure pour l'entreprise.

L'angle mort des administrateurs informatiques

L'aspect le plus alarmant de cette campagne concerne la nature des comptes touchés. Les victimes étaient principalement des utilisateurs de comptes payants en libre-service, facturés par carte bancaire. Ces comptes diffèrent des comptes d'entreprise gérés par un fournisseur d'identité centralisé (Identity Provider).

Dans une structure corporate classique, un administrateur IT peut révoquer les accès d'un employé via une console d'administration. Or, pour ces comptes individuels utilisés dans un cadre professionnel, aucun administrateur n'a de visibilité ni de contrôle. Le Single Sign-On (SSO) apporte une visibilité et une capacité de révocation, mais il ne prévient pas le vol de session. Ici, l'attaquant opère dans une zone grise où l'entreprise croit que ses employés sont protégés par le SSO, alors que ces derniers utilisent des comptes personnels pour traiter des données professionnelles.

De Claude vers Gmail : une escalade des privilèges

Le risque ne s'est pas limité à la consommation des crédits d'utilisation de l'IA. L'exposition réelle réside dans les connecteurs et les autorisations accordées. De nombreux utilisateurs lient leur compte Claude à d'autres services pour automatiser des tâches ou importer des documents.

L'attaque a permis aux pirates d'atteindre des environnements Google Workspace, et spécifiquement des comptes Gmail d'entreprise, via les grants (autorisations) configurés. En prenant le contrôle de la session Claude, l'attaquant hérite des permissions que l'utilisateur a accordées à l'outil. Cette chaîne d'attaque unidirectionnelle part d'une machine infectée, traverse un cookie volé, ignore les checkpoints de sécurité et finit par accéder à des données sensibles stockées hors de la plateforme d'IA. Vous pouvez consulter les détails techniques de cette vulnérabilité sur VentureBeat.

La réponse d'Anthropic face à la crise

L'entreprise a détecté l'anomalie en surveillant les compteurs d'utilisation. Elle a constaté que les limites de messages étaient rechargées puis vidées rapidement alors que les propriétaires légitimes étaient inactifs. Pour stopper l'hémorragie, Anthropic a pris plusieurs mesures immédiates :

L'entreprise a envoyé des notifications par email aux utilisateurs affectés, a forcé la déconnexion de toutes les sessions actives, a supprimé les méthodes de paiement enregistrées et a remboursé les frais indus.

La déconnexion forcée est l'unique remède efficace contre le rejeu de cookie, car elle invalide le jeton de session sur le serveur, rendant le cookie volé inutile. Cependant, si le pirate a eu le temps d'exfiltrer des données via Gmail avant la déconnexion, le préjudice financier lié à l'utilisation de l'IA devient secondaire face à la fuite d'informations confidentielles.

Implications pour le tissu entrepreneurial français

Pour les entreprises en France, cet incident souligne un paradoxe majeur de la transformation numérique. Alors que le plan France 2030 pousse massivement vers l'intégration de l'IA dans l'industrie et les services, la sécurité suit une courbe plus lente. Le tissu d'entreprises français, composé majoritairement de PME et de startups, adopte souvent les outils d'IA via des comptes individuels pour gagner en agilité, créant ainsi des Shadow AI incontrôlables par les directions informatiques.

L'entrée en vigueur progressive de l'AI Act européen impose des exigences strictes en matière de gouvernance des données et de gestion des risques. Le vol de session illustre parfaitement le risque de non-conformité : si un employé utilise un compte Claude personnel pour traiter des données clients et que ce compte est compromis, l'entreprise peut être tenue responsable d'une faille de sécurité majeure, malgré l'absence de lien contractuel direct entre l'entreprise et le compte pirate.

L'enjeu pour les dirigeants français est désormais de migrer vers des versions Enterprise des outils d'IA, où l'identité est gérée centralement. La dépendance aux cookies de session montre que la confiance ne doit plus reposer sur l'authentification initiale, mais sur une surveillance continue des comportements de session. Pour approfondir les risques liés aux infostealers, des analyses sont disponibles sur Aventure.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un cookie de session et pourquoi est-ce dangereux ?

C'est un fichier temporaire qui prouve qu'un utilisateur est déjà connecté. S'il est volé, un pirate peut usurper l'identité de l'utilisateur sans avoir besoin de son mot de passe ou de son code 2FA.

La 2FA est-elle inutile contre ce type d'attaque ?

Elle reste essentielle pour empêcher la connexion initiale, mais elle est inefficace contre le vol de session car l'attaquant contourne l'étape de connexion où la 2FA est demandée.

Comment savoir si mon compte Claude a été touché ?

Anthropic a envoyé des notifications par email aux utilisateurs concernés. Une surveillance inhabituelle de la consommation de vos quotas de messages peut également être un signal d'alerte.

Comment se protéger des infostealers ?

Il est crucial d'éviter le téléchargement de logiciels piratés, de maintenir son navigateur à jour et d'utiliser des solutions de sécurité endpoint capables de détecter les malwares de type LummaC2 ou RedLine.


Sources: Venturebeat, Aventure, Timesindia ·

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